Le paysage est une question de mise en scène. Une mise en scène qui produit un rapport fort entre construit et paysage, qui produit de l’absolu.

La meilleure illustration de cette mise en scène est celle des villas italiennes de la Renaissance et de leur rapport au territoire, au paysage, et finalement c’est un idéal, notre idéal du paysage, de la relation entre l’homme et la nature, qui est le fondement de notre activité et de notre recherche, et qui parait aujourd’hui tellement actuelle.

Ce qui nous intéresse aussi et surtout dans les villas italiennes et notamment dans le cas de la villa d’Este, c’est la place prépondérante de l’art dans les jardins et le rapport hyper naturel entre l’art – ou disons la démarche artistique – et la nature, le végétal.

Dans un autre esprit, mais toujours pour illustrer cet absolu du paysage, cet hôtel de Fernand Pouillon construit sur une plage de la côte algérienne, dont la piscine vide se lance et se confond avec la Méditerranée, la ligne du garde-corps se confondant parfaitement avec la ligne de démarcation ciel/mer.

Toujours en Algérie, à Djemila, le grand paysage paraît posé sur un plateau, en réalité le parvis d’un temple important dans la vie de la cité.

Finalement, que sont les paysagistes sinon des organisateurs de vie, de ville, de perceptions, de mises en scène, pour lesquelles parfois un rien suffit, juste une perception et une mise en exergue de l’essentiel, par un acte produisant du beau ?

Une voie pavée romaine, comme il en reste des kilomètres autour de la méditerranée. Celle-ci est rendue unique par un calepinage dont les pierres sont disposées « en flèche ». Qu’est ce qui est à l’origine de ce dessin ? Une exigence d’ordre esthétique ? Technique ? Les deux ? Ce que l’on ne voit pas sur cette photo, c’est que les chemins secondaires, également pavés qui naissent de cette voie, sont dans la continuité parfaite du calepinage de cette allée centrale. Tout se tient, les allées et rues deviennent une sorte d’organe qui vient lier toute la cité.

C’est peut-être la grille hippodaméenne de la ville grecque et sa prise en compte de l’irrégularité de la géographie, du territoire, qui caractérisent le mieux le rapport homme/nature.

Comme sur cette gravure de l’acropole sise sur un rocher conservé tel quel en socle de l’édifice.

Nous voyons notre travail comme celui de passeurs, de créateurs de liens entre disciplines (art, paysage, architecture, ingénierie…), entre époques, entre êtres humains ; visant à créer des sortes d’œuvres à habiter, dont la richesse des références et l’efficacité des fonctionnements en font du beau intemporel et pérenne.

En témoigne cette mosaïque datant du 1er ou du 2è siècle après JC, dont le motif nous paraît hyper actuel

motif qui a été repris à l’infini par Escher dans ses dessins, et que l’on retrouve  en ce moment sur des sweats à capuche de jeunes du 93…

C’est ce genre de motifs « reproductible » que nous avions utilisé pour recouvrir la dalle du Val d’Argent à Argenteuil. Pour refaire monter la rue sur la dalle.

En vrac, si l’on revient sur les grands sujets qui font le paysage et qui sont les outils et les voies/voix d’august.

Le végétal. Je crois que ce qui nous rend un peu unique dans le milieu de ceux qui font la ville et le territoire, c’est que nous faisons semblant de maîtriser le vivant, le sauvage. Semblant parce que finalement la nature un jour ou l’autre fait ce qu’elle veut. En attendant, nous utilisons les palettes qu’elle nous offre pour parvenir à nos fins : rétablir un milieu, jouer les peintres du vivant, et comme le disait Pascal Cribier,  « Jardiner consiste à abîmer la nature, il faut donc le faire avec élégance et attention ».

Le retour de/à la nature. Notre rôle est d’organiser le retour de/à la nature dans des agglomérations toujours plus denses, toujours plus étendues et de transformer le mode de vie des citadins en mode de vie naturo-citadin, ou « rur-citadin ». Nous avons un rôle important à tenir dans la mutation de nos agglomérations en véritables milieu du bien-vivre. Mutation qui doit se faire en intelligence avec tous les enjeux liés à la ville : enjeux sociaux, sociologiques, économiques, techniques, environnementaux, artistiques, urbanistiques, etc.

August est paysagiste urbain. Ou urbaniste jardinier. L’extérieur est notre terrain de jeu. Out. Août. August.

Sur ces photos prises au lever d’un jour dans l’orlyval, déroulent ces rails, sous ce ciel somptueux, surviennent des évènements qui cadrent cet espace linéaire où le rapport au ciel est fort. Mais c’est de l’OUT tout ça ! C’est de la scénographie pure à intégrer à la ville, à mettre en scène.

Finalement, si nous devions caractériser august avec une image je crois que nous serions ça.

Ou ça. Un truc explosif, au milieu et dans le milieu du paysage.

Notre métier est de poser une perception subjective de l’espace et d’établir des sortes de chorégraphies urbaines ou autre, de les orchestrer dans des projets, quitte à détourner le programme pour aller voir ailleurs, mettre en exergue ce que personne n’avait vu ou ce que tout le monde avait fait semblant de ne pas voir.

Si august devait être une personne, il serait elle. Parce que Rita Hayworth est sublime et qu’il y a dans cette photo de l’audace et du désir, et c’est ça qui est important.

L’objectif d’august, c’est de réussir à faire ça. C’est à dire créer les conditions d’un confort pour tous, d’une intimité urbaine, naturelle.

Et de faire des projets qui ressemblent à ça, différents mais adaptés car inscrits dans leur site et dans leur contexte. Inscrit dans une histoire comme cette propriété s’inscrit dans un parcellaire, reproduit une tradition de murs ; mais en étant radicalement différent par la couleur.